Lorsqu’en août 1747, Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert acceptent la proposition d’André-François Le Breton, un opportuniste libraire parisien, de diriger une encyclopédie sur le modèle anglais de la « Cyclopaedia » d’Ephraïm Chambers, il s’agit pour eux d’un moyen d’assurer leur autonomie financière. Telle n’est évidemment pas l’ambition première de leur engagement. Le salaire honorable qu’ils reçoivent pour ce travail (une bagatelle par rapport aux plantureux bénéfices des éditeurs successifs) est dérisoire au regard de l’énergie déployée, des efforts consentis ou des risques pris.
Si les encyclopédistes se mobilisent avec tant de ferveur, c’est qu’ils ont la conviction profonde que le savoir est le moteur du progrès et que la connaissance contribue au bonheur. Seul un objectif grandiose est susceptible de transcender les hommes, de décupler les énergies, de dynamiser l’intelligence. Ils ne travaillent pas seuls et ils travaillent pour tous. Leur force se trouve dans la diversité et la qualité des collaborations, leur réussite dans la multiplicité et la variété des contributions. |
 |
Un rêve sublime les habite, une utopie les guide : décrire le monde dans un livre. Une entreprise qui se doit d’être totale, bien qu’ils la sachent provisoire, constamment soumise à l’examen de la raison. Rien n’est définitif, tout est en mouvement. La connaissance se partage, les idées s’échangent, le savoir se transmet.
En consacrant ces quelques pages à « l’Encyclopédie », nous n’avons d’autre ambition que de contribuer modestement à cet esprit. Par nature, les liens hypertextes, qui abondent sur ce site, offrent cette possibilité de diffuser le plus largement possible les contributions diverses sur le sujet. Les encyclopédistes avaient de nombreux ennemis. Ils étaient aux prises avec la censure royale et en conflit permanent avec les autorités religieuses. Ce qui, sans doute, nous menace davantage, alors que nous nous disons libres de penser et de croire en toute indépendance, c’est le confort de la vie moderne et l’apathie intellectuelle qui rongent et étiolent ce qui fut la préoccupation majeure des hommes des Lumières : le souci du bien collectif. |
|
|