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"Le duc de sang ose, étant
à Utrecht, y édicter un benoît placard, promettant
entre autres dons gracieux : faim, mort, ruine aux habitants du Pays-Bas
qui ne se voudraient soumettre.
Tout ce qui est encore en son entier sera, dit-il, exterminé,
et Sa Royale Majesté fera habiter le pays par des étrangers.
Mords, duc, mords ! La lime brise la dent des vipères ; nous
sommes limes. Vive le Gueux !
D'Albe, le sang te saoûle ! Penses-tu que nous craignions tes
menaces, ou que nous croyions à ta clémence ? Tes illustres
régiments dont tu chantais les louanges dans l'entier monde,
tes Invincibles, tes Tels-Quels, tes Immortels demeurèrent
sept mois à canonner Haarlem, faible ville défendue
par des bourgeois ; ils ont comme bonshommes mortels dansé
en l'air la danse des mines qui éclatent. Des bourgeois les
colletèrent de goudron ; ils finirent par vaincre glorieusement,
égorgeant les désarmés.
Entends-tu, bourreau, l'heure de Dieu qui sonne ? "
De Coster,
La Légende d'Ulenspiegel |
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| Le pays de l'abondance est celui
auquel tous aspirent, en 1567 surtout, dans ces Pays-Bas où
le duc d'Albe se livre à une répression sans merci.
Bruegel illustre un thème populaire: le "Luilekkerland"
ou "Pays des douces friandises", utopie du temps des grandes
famines. |
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sur la reproduction ci-dessusou dans le commentaire pour en agrandir
certaines parties |
On arrive dans cet endroit merveilleux
par un tunnel dans une montagne de crêpes de sarrasin. Ici,
un personnage à l'arrière-plan débouche d'une
galerie creusée dans le blé noir et un arbuste
souple se penche pour le déposer en terre promise où
il rejoindra les gourmets déjà repus.
La composition en rayons montre, autour d'un tronc d'arbre, un clerc
qui délaissant ses livres, dort, les yeux ouverts, sur un manteau
de fourrure; un paysan qui est couché sur un fléau et
un soldat qui a abandonné ses armes et repose sur un coussin.
Devant lui, un chevalier
s'abrite sous un toit couvert de tartes et attend que "les alouettes
lui tombent rôties dans le bec".
Le peintre s'amuse à illustrer les détails de l'histoire
proverbiale: les clôtures
sont des saucisses, le poulet
rôti semble se poser de lui-même sur l'assiette,
le porc
arrive "lardé de son couteau", le cactus
est fait de galettes; un oeuf à la coque avec sa cuillère
passe au premier plan; l'arbre au centre porte une table dressée.
Ce paradis terrestre baigne dans la lumière chaude des ocres,
soutenue par les rouges et les blancs.
Les interprétations ne manquent pas. Les exégètes
y ont trouvé des symboles alchimiques (l'oeuf et le couteau).
D'autres pensent que Bruegel moraliste met en garde ses contemporains
contre la paresse et la bonne chère qui leur enlèveraient
la force de résister à l'oppression espagnole.
Sans aller aussi loin, il est permis de voir dans l'immobilisme et
l'abandon des personnages la dépendance à la nourriture
qui atteint toutes les classes sociales.
On peut simplement retrouver dans cette oeuvre l'intérêt
du siècle pour l'utopie (Erasme, Rabelais) et surtout, le goût
narratif du peintre qui joue avec les symboles, du mot à la
représentation visuelle. |
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Ulenspiegel répondit :
- D'après l'accord, les bourgeois ont racheté le pillage
et la vie pour la somme de deux cent quarante mille florins. Ils devront
payer cent mille florins comptant en douze jours, et le reste trois
mois après. Il a été commandé aux femmes
de se retirer dans les églises. Ils vont sans doute commencer
le massacre. Entends-tu clouer les échafauds et dresser les
potences ?
- Ah ! nous allons mourir ! dit Nele ; j'ai faim.
De Coster, La
Légende d'Ulenspiegel
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© Leah
Auvertus - 2001 - Gwendoline CANU |
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