Éveil historique

À la découverte du monde fluvial antique
E.F.A. A.R. Ath

Ouvert au public depuis 1997, l'Espace gallo-romain d'Ath se définit comme un musée jeune et dynamique. Il représente, grâce à ses bateaux, une valeur scientifique internationale et mérite sans aucun doute d'être visité.
Ce mercredi 13 octobre, 22 élèves de la classe de 6ème primaire, accompagnés de leur titulaire Monsieur Sakkalis et du directeur de l'école primaire, Monsieur Lestienne, partent à la découverte des richesses de ce patrimoine local. Visiter un musée... une sortie dont ils ignorent encore tout l'intérêt; celui-ci les tiendra en haleine près de 3 heures sans aucun signe de lassitude!
Dans une première salle à la lumière tamisée, Madame Dumortier (faisant partie de l'équipe des 8 guides attachés à l'institution) accueille les enfants et les invite à se répartir le long des 15 mètres d'une première vitrine abritant les vestiges d'une ancienne embarcation. Un chaland, presque deux fois millénaire ( fin du IIe siècle après J.C) constitue la pièce majeure des collections. A la surprise des visiteurs, du haut de la paroi vitrée qui leur fait face, se déroulent trois écrans, transformant rapidement en salle de projection cet espace climatisé de 340 m3, s'élevant sur deux étages au cœur du musée.

Musique, jeux de lumière, images en mouvement ... tout concourt à mobiliser le spectateur, à l'initier et l'inviter à un voyage dans le temps!
« Les barques gallo-romaines reviennent de loin! »... un défilé de coupures de presse, datées de 1975, fait écho de cette extraordinaire découverte d'un site gallo-romain, effectuée à Pommeroeul lors du percement du canal Hensies-Pommeroeul. Ce site, fouillé partiellement, révéla entre autres la présence de 5 épaves (dont 3 ont fait l'objet d'un traitement de conservation).

Au gros plan sur la carte de Belgique qui permet de localiser géographiquement l'agglomération actuelle succède un décompte des années, siècles et millénairesqui transporte le spectateur dans le temps ...jusqu'à l'an 200 après J.C.. Une « fresque animée » permet d'imaginer le paysage de l'époque, l'origine et la fonction du chaland. Une succession de photos d'objets originaux et usuels retrouvés sur le site alterne avec les images d'archéologie expérimentale illustrant à l'heure actuelle encore la pratique de ces métiers artisanaux (potier, vannier,...). L'animation multimédia, destinée à mettre l'embarcation en valeur, permet aussi l'entrée en matière, par l'évocation de différents aspects, du quotidien de l'époque et tout particulièrement des pratiques commerciales et des transports par voie d'eau.

« Deux principes sont à respecter lors de la visite: on ne se place pas le nez sur les vitrines et les plus petits d'entre vous s'installent devant le groupe », annonce Madame Dumortier. Avec ces consignes qui facilitent le partage de l'information et la participation de tous s'amorce l'exploitation des données suggérées par le film. Le groupe évolue vers une série de petites vitrines latérales. Dans la première d'entre elles, une maquette de la zone de fouilles révèle aux enfants l'emplacement du chaland, du débarcadère, du ponton , d'une pirogue. La lecture de différentes cartes leur permet de localiser le site actuel de Pommeroeul dans son contexte actuel mais également au sein de la cité des Nerviens, de la Gaule Belgique, des trois Gaules et enfin de l'Empire. Madame Dumortier exploite toujours ce voyage aller-retour dans le temps en construisant des parallèles entre le réseau routier, l'exploitation des voies navigables, les activités humaines (l'agriculture, l'élevage, l'artisanat,...), le mode de vie d'aujourd'hui et l'époque gallo-romaine. « Il y a une chaussée romaine qui passe près de chez nous! » réagit un enfant lors de la mise en évidence des différentes fonctions du réseau routier à cette époque.

Jouxtant la maquette, une série d'outils et d'objets usuels authentiques retrouvés sur le site révèlent d'autres informations: haches en bronze, en bois de cerf, en pierre, torque en or,... leur datation prolonge le voyage dans le temps et fait remonter jusqu'à la préhistoire, en passant par l'âge du bronze, du fer et de la pierre. En s'adressant aux enfants, Madame Dumortier interroge: « Qu'est-ce que cela prouve ? ». Les enfants en concluent rapidement que si l'on retrouve des traces d'une activité humaine d'un passé beaucoup plus lointain, c'est que déjà, à l'époque paléolithique, la région était déjà, si pas occupée, visitée par l'homme. La guide fait émerger alors les éléments favorables à l'activité humaine: l'eau, les terres cultivables, les forêts...
Par la suite, elle enchaîne sur le rôle des archéologues, leurs activités, leurs pratiques, qu'elle décrit sommairement en portant un regard sur la maquette du site des fouilles. « Tous les indices sont importants pour reconstituer la vie des gens. L'archéologue agit comme un policier scientifique » précise-t-elle à son jeune auditoire qu'elle captive de plus en plus en l'invitant à adopter, à son tour, une attitude « d'enquêteur ». Les enfants se prennent au jeu, les questions se succèdent, tantôt formulées par Madame Dumortier, qui développe une approche très dynamique et ludique à la fois, tantôt par les enfants, toujours en quête d'en savoir plus.

Haches, ciseaux, massettes, gouges, herminette, marteau, pied de biche...ont servi à réaliser le chaland. Madame Dumortier en précise les techniques de construction (notamment le calfatage pour éviter les fissures et assurer l'étanchéité), les différentes fonctions des outils qui ont servi à sculpter le bois, et elle poursuit son questionnement « Y en a-t-il encore qu'on utilise de nos jours? ». Toujours en éveil, les enfants rebondissent et exploitent le contenu des vitrines.
Une ligne du temps, de 15 mètres de long, fait rêver leur professeur. Les enfants s'y localisent à l'époque contemporaine. En remontant son cours, la guide les accompagne en associant le nom de grands hommes ou d'événements aux temps modernes, au moyen-âge, à l'antiquité et bien entendu en veillant à localiser l'époque de fabrication du chaland exposé.

La visite se poursuit au 1er étage, où une deuxième embarcation, protégée elle aussi dans une vitrine, fait l'objet d'un nouveau questionnement, d'émission d'hypothèses sur les techniques de construction, de propulsion. D'ici, la vue est privilégiée: plongeante sur le chaland et sa maquette (reproduisant l'aspect complet supposé de l'embarcation) et directe sur la pirogue de type monoxyle. Cette disposition permet d'établir des comparaisons, de distinguer les suppositions des constats en se basant sur ce que l'on voit ou pas, de vérifier les hypothèses.

Des maquettes mettent les fouilles, les bateaux, l'agglomération ,...en situation. Des fresques créent l'ambiance. Dans le circuit au travers du musée, une nouvelle étape attend les enfants: celle de la rencontre avec Rufus, jeune apprenti batelier, qui se veut proche du visiteur. Accompagné d'autres bateliers, ce personnage de bande dessinée, inscrit dans un décor d'époque agrémenté d'objets archéologiques, entame un voyage qui le conduit de Pommeroeul à la côte. Cette mise en scène est le prétexte à l'évocation des produits, des itinéraires et des échanges commerciaux de l'époque. Lors de son voyage en pirogue, il transporte des poteries, de la marne, de la houille... jusque Tournai. De là, il embarque sur un chaland, premier bateau d'une série qu'il empruntera dans les différentes vallées fluviales et qui le conduiront de l'Escaut, par la Zélande, le Rhin,....et le Rhône, jusqu'à Marseille. Là, s'échangent les produits du Nord et du Sud, notamment les tonneaux contenant la cervoise et les amphores remplies de vin. Ici encore, par une observation comparative, Madame Dumortier attire l'attention des enfants sur les avantages et les inconvénients des différents moyens de conditionnement utilisés respectivement par les Gaulois et les Romains.

Tout au long de son cheminement dans le musée, le jeune public retrouve ce personnage auquel il peut s'attacher ou s'identifier et qui sert de lien entre les différents espaces de présentation.

En atteignant le 2ème étage, les visiteurs abordent une nouvelle étape du circuit qui les passionne d'emblée. Pensez donc! Il s'agit d'un jeu, le trivial gallo-romain, mis au point par Catherine Denauw, animatrice-pédagogue attachée au musée. Devant son jeune public attentif, réparti autour d'une grande planche de jeu représentant la Gaule Belgique (après romanisation), Madame Dumortier présente le matériel, explique les règles du jeu. Le but de celui-ci est d'obtenir un laissez-passer pour un maximum de villes, en répondant correctement à la question posée lorsqu'on s'arrête à chacune d'elles. Coiffée d'une casquette d'animatrice, la guide insiste sur le travail d'équipe, les échanges, la collaboration à développer pour répondre au mieux aux différentes questions. Suivant les consignes, les enfants s'organisent en 5 équipes. Chaque équipe choisit un pion (personnage d'époque) et se place sur un des 5 points de départ correspondant à différentes villes existant déjà à l'époque gallo-romaine (Boulogne, Cologne, Paris, Trêves, Arlon). A tour de rôle, chaque équipe reçoit une carte- question, en rapport avec la couleur de la ville. Après lecture de la question, les membres de chaque équipe partent à la recherche des réponses à travers les différentes salles du musée. Ces recherches sont facilitées par différents renseignements utiles qui figurent sur les fiches : le thème abordé, l'étage dans lequel on trouve la réponse. Les thèmes abordés ne sont donc pas choisis par les joueurs, ils dépendent de la pastille de couleur se trouvant sur la ville. Seul le passage par la ville de Bavay permet à l'équipe de porter un choix sur un des thèmes généraux suivants: l'artisanat, la vie quotidienne, l'archéologie, la batellerie, le commerce ou autre question plus générale. La carte-question en mains, les joueurs doivent y répondre le plus vite possible afin d'obtenir auprès de l'animatrice un maximum de laissez-passer. La réponse est admise si elle est acceptée par l'ensemble de l'équipe et si tous ses membres sont présents lors de sa communication. A tout moment, si nécessaire, les enfants peuvent toujours obtenir une explication ou un indice s'ils éprouvent des difficultés. Si la réponse est correcte, l'équipe reçoit un laissez-passer, lance le dé qui détermine l'ampleur d'un nouveau déplacement sur la carte par les routes et aussi par les fleuves et les rivières.

Les enfants vont et viennent, recherchent les informations avec avidité! Ici, dans l'espace « construction », des garçons expérimentent différents types de clés et serrures, à côté, un jeu de type « électro » permet d'associer les outils utilisés aux différents éléments d'une construction de villa romaine. Dans l'espace réservé à l'alimentation, aux poids et mesures, les enfants identifient le type de matériaux utilisés dans la fabrication des ustensiles et comparent avec ceux d'aujourd'hui. Dans les vitrines, dans les différents espaces, les enfants s'affairent à trouver les solutions aux différentes questions qui portent tantôt sur les fouilles , les bateaux, les routes, tantôt sur le travail du potier, du métal, du cuir, la construction, tantôt encore sur la faune, l'alimentation, les poids et mesures, les jeux, la monnaie et l'écriture, l'habillement et la parure.... Et tout cela en y trouvant un plaisir manifeste! Un sentiment général de regrets plane lors de la clôture du jeu; les résultats obtenus témoignent de la motivation de chaque équipe.

Après deux heures de visite et d'activité, les enfants ne manifestent aucun signe de lassitude en abordant le deuxième étage, réservé à l'exposition temporaire « De villa en villae - La campagne romaine du 1er au 4ème siècle ». Ici aussi, une animation invite à remonter le temps. Elle permet de s'imprégner des us et coutumes de l'époque par le truchement d'une enquête policière à mener suite au vol très important commis dans la villa de Meslin-l'Evêque en 270 après J.C. Le dossier est rouvert; en constituant une équipe, il s'agit de percer le secret!

Malheureusement, le temps est compté et ne permet pas cette exploitation. Néanmoins, les enfants ont le privilège de poursuivre leur tour d'horizon des lieux et de pouvoir répondre de manière plus précise à la question « comment vit-on dans la campagne à l'époque gallo-romaine? ». L'observation de la maquette de la villa de Meslin-Ghislenghien révèle les évolutions par rapport à l'habitat gaulois (maison en torchis), sa structure orientée vers l'importante exploitation agricole, sa diversité et son caractère autonome. La matière est riche: la fresque murale qui décore le local présente une reconstitution du paysage ouvert de l'époque. Dans une autre salle, les enfants décodent le schéma de construction d'un hypocauste et s'attardent à localiser les différents éléments sur le chantier recréé à partir de matériaux originaux.
Le circuit se poursuit dans les différents espaces thématiques: ici des mosaïques, là des vestiges témoignant de l'activité agricole, des échanges, du commerce, ou encore la reconstitution d'une tombe à incinération ...

Susciter la curiosité des élèves, leur fournir des occasions originales pour exercer leurs compétences, leur permettre de s'approprier le musée et l'héritage qu'il renferme, donner le goût pour l'histoire et en particulier pour cette période , « vivre l'antiquité au musée »... tels sont quelques-uns des objectifs qui animent la conservatrice, les guides et l'équipe du musée en général.

Il reste à préciser que d'autres activités répondent à des attentes spécifiques. Ainsi, le « Touchatou gallo-romain » est une activité visant un public de la 3ème maternelle à la 2ème primaire. A travers la découverte et la manipulation d'objets archéologiques reconstitués, le déguisement, le dessin et le coloriage mais aussi le jeu individuel ou en équipe, ce module adapté aux enfants non-lecteurs ou débutant en lecture les amène à percevoir la vie quotidienne des Gallo-Romains.
Destinés aux élèves de 8 ans et plus, les ateliers « tissage » et « céramique », quant à eux, sont conçus pour être réalisés en continuité avec la visite des collections permanentes. A la découverte des techniques ancestrales, des matériaux utilisés succède la pratique! Au terme de l'animation, chacun retourne avec le fruit de son travail: une poterie « gallo-romaine » réalisée de ses propres mains ou une pièce de tissu élaborée sur une réplique conforme aux anciens métiers à tisser

Pour conclure, Karine Bausier, conservatrice, précise: « L'Espace gallo-romain, qui se veut un outil pour le développement et la mise en valeur de l'archéologie wallonne, se veut aussi un lieu dévolu aux jeunes générations que nous voulons familiariser avec le passé. Nous tentons à la fois d'éveiller leur intérêt pour l'histoire mais aussi leur donner envie de parcourir d'autres musées à l'avenir. »

Évaluation du Musée gallo-romain

« Ce musée m'a bien plus.
J'ai adoré le film qui nous a été présenté et le jeu.
Elle nous a parlé comment on construisait les anciens bateaux, leur rôle et les outils utilisés pour les construire. »
Barbara

« Ce musée est une découverte splendide et tous ces trésors qui étaient engloutis dans les marécages de Pomeroeul.
Nous nous sommes instruits grâce à une vidéo qui remonte dans le temps. Nous avons joué à un jeu instructif qui nous apprenait l'époque gallo-romaine. Et pour vous, je vous conseille d'aller visiter celui-ci! »

Marisa Mathieu

Martine HENDRICKX,
chargée de mission

Avec l'aimable collaboration de :
Monsieur LESTIENNE, directeur de l'E.F.A. A.R Ath
Monsieur SAKKALIS, instituteur
Madame BAUSIER, archéologue et conservatrice de l'Espace gallo-romain
Madame DUMORTIER, guide
Madame DENAUW, animatrice-pédagogue, conceptrice du jeu « le Trivial poursuit gallo-romain »
E.F.A. A.R.Ath
Rue des Récollets, 9
7800 Ath