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Le nez dans les livres |
| Comment
motiver les élèves à la lecture ? La Bataille des livres et un premier prix de lecture à la Foire du livre de Bruxelles E.F.C.F. Ciplet-Burdinne |
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"Avant, je ne lisais jamais. Depuis la Bataille des livres, j'adore lire. J'ai lu pour le concours ‘La petite poule qui voulait la mer’. À Bruxelles, à la Foire du livre, on vendait la série de ces histoires. J'ai acheté trois livres avec mon argent de poche." Le témoignage de Thomas compte parmi d'autres dans un quotidien. Celui-ci réserve une pleine page à l'aventure vécue par les élèves de 3e et 4e années primaires et à leur consécration le 1er mars, à la Foire du livre dans le cadre d'une rencontre intercontinentale qui a mis en compétition les participants de huit pays via Internet. La Bataille des livres, un procédé avéré pour motiver les élèves ! En
juin 2006, toutes les écoles reçoivent une circulaire invitant
les enseignants des 3e à la 6e années primaires à
participer à la Bataille des livres. L'idée nous vient de
Suisse où, depuis neuf ans, la Bataille a fait ses preuves. Au
départ, une question qui dépasse nos frontières:
comment motiver les élèves à la lecture? Un groupe
d'enseignants de Suisse romande se sont penchés sur le problème
et se sont constitués en comité organisateur d'une rencontre
compétitive entre leurs classes sur base d'un questionnaire. Les
élèves étaient interrogés sur le contenu d'une
trentaine de romans de jeunesse, lus dans l'année. L'enjeu était
avant tout honorifique: pour l'élève il s'agissait de défendre
le prestige de son école. Rapidement, les organisateurs se sont
tournés vers d'autres horizons de la francophonie et, grâce
aux techniques de communication, ils touchent un public de plus de 15
000 jeunes à travers le Canada, le Sénégal, le Burkina
Faso, le Mali, Haïti, Singapour, la France et la Belgique. Madame Rocour (3e et 4e primaires) adhère pleinement à l'action, persuadée de la pertinence du projet qui, par ses diverses composantes, associe plaisir et apprentissage. Début septembre, la titulaire de classe invite les parents pour les associer à la démarche. Elle leur explique les principes du projet: les buts poursuivis, la lecture par plaisir, comment interpréter la notion de Batailles, et privilégier la lecture qualitative à la quantitative. En octobre, tous les candidats belges reçoivent les livres lors d'une réunion d'information. Pourquoi
30 livres différents par classe? Quels
livres? En cours de réunion, une consigne se dégage à plusieurs reprises: les livres doivent rester dans le domaine du plaisir et non du scolaire (pas d'exploitation en grammaire, conjugaison et orthographe). Contrairement au jeu de cartes, la Bataille est à envisager avant tout sous un angle ludique valorisant le livre. Le caractère compétitif est accessoire et est à considérer comme un moteur de lecture. En plus des ouvrages et de la philosophie de l'action, Régine Barras, animatrice, dote les enseignants d'une série d'idées, d'activités pour mobiliser les élèves, attiser leur curiosité. En novembre, l'opération est lancée à l'échelle internationale. À Ciplet, les 26 élèves du 3e cycle établissent leur choix parmi les 30 titres. Leur première option est déterminante pour la petite fête organisée en présence des parents: chacun doit se déguiser et porter suffisamment d'indices pour permettre d'identifier le livre choisi. La
découverte des livres s'amorce par différents jeux au départ
de toutes les pistes offertes par les première et quatrième
de couverture. Le but est de couvrir l'éventail des trente livres
afin que les enfants soient attirés par plusieurs titres. Madame
Rocour constate: "Beaucoup d'enfants n'aimaient pas lire, sans motif
préalable. Certains d'entre eux ont eu des difficultés à
fixer leur attention sur toutes les indications que pouvait leur révéler
la couverture du livre sans pour autant y entrer. Au départ, les
manipulations collectives ont porté sur le respect du livre en
tant qu'objet. Prendre le temps de regarder, d'apprécier l'ouvrage,
de tirer parti de tous les types d'informations (police de caractère,
illustration, etc.) relève d'une éducation préalable
à l'exploitation proprement dite. L'enfant a le droit de dire qu'il
a envie ou non de lire tel ou tel livre du moment qu'il peut en invoquer
la raison, un combat difficile!" Le
carnet de lecture s'élabore fin novembre, au moment où
les enfants entrent dans leur livre. Ils le bouquinent à leur rythme,
chez eux avec la complicité des parents et en classe lors des moments
prévus à cet effet durant lesquels le silence règne
en maître. "Madame" montre l'exemple: elle lit aussi,
elle n'échappe pas à la règle et possède aussi
son carnet de lecture. Le carnet de lecture est personnel et précieux.
Chaque enfant le décore à sa guise, lui réserve un
espace approprié: une boîte qui recèle un trésor
et demande attention. Le livre voyageur est accompagné d'une marche à suivre, d'une série d'informations sur les différentes étapes d'exploitation. La classe dispose d'une semaine avant de l'envoyer à la classe suivante à choisir dans une liste donnée. Faisant suite à la lecture individuelle du livre sélectionné, tous les enfants de 3e et 4e années ont participé à son exploitation sous forme d'une courtepointe. Cette dernière se concrétise par un patchwork reprenant les divers événements de l'histoire auxquels sont intégrés les sentiments des enfants par rapport aux personnages.
En février, une première épreuve de qualification s'opère. Elle sélectionne les écoles pour la première rencontre compétitive. Comme les élèves de Madame Rocour, des centaines d'élèves à travers la francophonie sont devant l'ordinateur de classe, branché sur Internet. Un quiz porte sur quinze livres. Il faut au plus vite découvrir le mot clé qui donne accès à la première finale internationale organisée à la Foire du livre à Bruxelles. Quelle joie pour les enfants de savoir qu'ils sont retenus avec quatre autres écoles! Deuxième
étape: la Foire du livre de Bruxelles. Les élèves
se préparent pour un nouveau quiz qui porte sur les trente ouvrages.
La tension monte… il faut gagner! La veille de l'épreuve,
la titulaire de classe fournit à ses élèves un jeu
de l'oie qu'elle a composé pour la circonstance. Il reprend une
série de questions mobilisant les contenus et divers aspects des
livres sélectionnés. Les enfants consultent leurs carnets
de lecture, contrôlent et échangent les informations.
Troisième
étape: mi-mai, nouvelle épreuve, liaison directe avec Genève.
À 13 h 30 précises, trois ordinateurs sont connectés
pour assurer une transmission rapide des réponses. Pour chacune
d'elles, les élèves ne disposent que de deux minutes…
il s'agit de faire vite pour garantir des chances optimales de réussite. À travers leurs lectures, les enfants sont allés à la rencontre d'autres cultures, thème développé lors de la préparation de la fête scolaire, "nous sommes tous différents". Entre les différentes étapes, les enfants ont accueilli un auteur: Dominique Mwankymi. Vêtu d'un costume traditionnel congolais, il a exposé aux enfants le récit de sa vie et a répondu à leurs nombreuses questions. À cette visite, a succédé celle d'une maman d'élève qui a vécu plusieurs années en Afrique. Lors de la conférence, les enfants ont posé de nombreuses questions, préoccupés par la pauvreté et le mode de vie des enfants africains. La dynamique développée par un tel projet encourage à poursuivre, d'autant plus que les enfants comme les parents sont demandeurs. Pour la prochaine année scolaire, les élèves qui entrent en 4e année accèdent à la catégorie supérieure. Ils deviendront les tuteurs de leurs cadets de 3e année. La Bataille des livres se prolongera aussi par des ateliers d'écriture et des cercles de lecture. Des échanges devraient s'effectuer via le Net avec une école du Canada. Une opération qui prend de l'envergure! Il faut ajouter que les résultats obtenus à l'évaluation sommative de fin d'année, tant en troisième qu'en quatrième année sont révélateurs des progrès des élèves et témoignent de l'efficacité de l'opération. Madame Rocour relève: "Les scores se sont nettement améliorés, même au niveau des élèves qui rencontrent plus de difficultés. Tous ont réussi. La technique-lecture, la façon de tirer parti d'un ouvrage s'en ressentent. Tous les enfants identifient sans difficulté les types et genres de textes à travers la silhouette d'un ouvrage à découvrir. Ils maîtrisent le vocabulaire spécifique aux livres. À ce niveau, leurs attitudes et comportements ont évolué. Ce constat se vérifie également dans l'aspect relationnel: un enfant très individualiste s'ouvre aux autres, partage son savoir dans un esprit de coopération. Cette opération est un réel déclic; elle stimule le dépassement de soi et incite la valorisation des élèves. Le projet, très riche, répond à de nombreux objectifs dépassant le cadre des compétences à travailler en lecture. De surcroît, les parents sont enthousiastes et très participatifs. Ils sont sensibles à l'évolution de leurs enfants. Ils s'étonnent et se réjouissent de les voir se rendre au rayon librairie dans les magasins. Une des plus belles satisfactions, pour une enseignante, n'est-elle pas de s'entendre dire: "Madame, vous m'avez donné l'envie de lire!". Martine
HENDRICKX Avec
l'aimable collaboration de: Personne
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